Simulation de revenus en portage salarial : du TJM au net dans la poche

Savoir combien il restera sur le compte en banque à la fin du mois est la préoccupation numéro un de tout consultant qui envisage le portage salarial. La mécanique de calcul n’est pas compliquée en soi, mais elle enchaîne plusieurs étapes de prélèvement qui, mises bout à bout, transforment significativement le chiffre d’affaires brut. Comprendre chacune de ces étapes permet de fixer un TJM réaliste, de comparer les offres des sociétés de portage et d’anticiper ses revenus sans mauvaise surprise.

Simulation Revenus Portage Salarial
Mathieu Barthelemy
Par Mathieu BARTHELEMY Modifié le 13/03/26 à 14:49

Qu'est-ce que le TJM et comment le déterminer ?

Le TJM (taux journalier moyen) représente le montant hors taxes facturé au client pour une journée de prestation. C'est la brique de base de la rémunération en portage salarial. Pour le fixer, il ne suffit pas de diviser son ancien salaire annuel brut par le nombre de jours ouvrés : cette approche sous-évalue systématiquement le tarif nécessaire.

Le calcul doit intégrer plusieurs réalités propres au travail indépendant.

Premièrement, un consultant ne facture pas 365 jours par an, ni même 220. Entre les congés, les jours de prospection, les périodes de formation et les éventuelles interruptions entre deux missions, la plupart des professionnels tablent sur 180 à 210 jours effectivement facturés par an.

Deuxièmement, le TJM doit couvrir l'ensemble des prélèvements qui s'intercalent entre la facturation et le salaire net : frais de gestion, cotisations patronales, cotisations salariales, mutuelle, prévoyance. En règle générale, le salaire net perçu représente entre 45 % et 55 % du chiffre d'affaires HT, selon la société de portage choisie et le niveau de frais professionnels déclarés.

Pour déterminer un TJM cohérent, la méthode la plus fiable consiste à partir du revenu net mensuel souhaité, à le multiplier par deux pour obtenir le chiffre d'affaires mensuel nécessaire, puis à diviser ce montant par le nombre de jours facturables dans le mois (généralement entre 15 et 20). Cette approche donne un plancher en dessous duquel il ne faut pas descendre.

Les étapes du calcul : du chiffre d'affaires au salaire net

Étape 1 : le chiffre d'affaires mensuel

Le chiffre d'affaires correspond au TJM multiplié par le nombre de jours facturés dans le mois. Si des frais de mission ont été négociés avec le client (déplacements, hébergement, restauration), ils s'ajoutent à ce montant et seront refacturés en sus.

Étape 2 : la déduction des frais de gestion

La société de portage prélève sa commission sur le chiffre d'affaires HT. Pour un taux de 7 % appliqué à un CA mensuel de 10 000 euros, cela représente 700 euros. Certaines sociétés appliquent le pourcentage avant les frais de mission refacturés, d'autres après. Le détail mérite d'être vérifié car l'impact sur le net n'est pas négligeable.

Étape 3 : la déduction des frais professionnels

Les frais de fonctionnement du consultant (matériel informatique, abonnements logiciels, déplacements non refacturés, repas en déplacement) sont déduits de la base soumise aux cotisations sociales. Ils sont remboursés en complément du salaire et ne supportent ni cotisations ni impôt sur le revenu. La limite fixée par l'URSSAF est de 30 % du salaire brut. Plus le consultant déclare de frais justifiés, plus la part soumise aux cotisations diminue, et plus le net dans la poche augmente.

Étape 4 : les cotisations patronales et salariales

Sur le montant restant après déduction des frais de gestion et des frais professionnels, s'appliquent les cotisations sociales. Les cotisations patronales (assurance maladie, retraite, chômage, prévoyance, formation) représentent environ 25 à 45 % du salaire brut. Les cotisations salariales (CSG, CRDS, retraite complémentaire, prévoyance) avoisinent 22 à 23 % du brut. La somme de ces prélèvements absorbe une part conséquente du chiffre d'affaires, mais ouvre en contrepartie des droits sociaux complets.

Étape 5 : le salaire net avant impôt

Après l'ensemble de ces déductions, le consultant perçoit son salaire net, auquel s'ajoute le remboursement des frais professionnels. Le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu est ensuite appliqué directement sur le bulletin de salaire, au taux communiqué par l'administration fiscale.

Un exemple chiffré pour fixer les idées

Prenons le cas d'un consultant qui facture 500 euros HT par jour et travaille 20 jours dans le mois, soit un chiffre d'affaires mensuel de 10 000 euros HT.

Avec un taux de frais de gestion de 7 %, la commission de la société de portage s'élève à 700 euros. Le consultant déclare 1 500 euros de frais professionnels justifiés (déplacements, abonnements, repas). Après déduction des frais de gestion, des frais professionnels et de l'ensemble des cotisations sociales, le salaire net avant impôt se situe aux alentours de 4 800 à 5 200 euros selon la société de portage. Le remboursement des 1 500 euros de frais professionnels s'ajoute à ce montant, portant le virement total à environ 6 300 à 6 700 euros.

Sans déclaration de frais professionnels, le même consultant percevrait un salaire net d'environ 4 500 à 5 000 euros. La différence illustre l'intérêt d'une gestion rigoureuse des notes de frais.

Les variables qui font varier le résultat

Plusieurs paramètres influencent l'écart entre le chiffre d'affaires et le net perçu. Le taux de frais de gestion est le plus évident, mais pas toujours le plus déterminant.

Le volume de frais professionnels déclarés a souvent un impact supérieur. La présence de dispositifs d'optimisation comme les titres-restaurant, les chèques CESU, le plan d'épargne entreprise (PEE) ou le plan d'épargne retraite collectif (PERECO) peut également améliorer la restitution globale, car ces avantages sont partiellement ou totalement exonérés de cotisations.

Le nombre de jours effectivement facturés dans l'année reste cependant la variable la plus lourde. Un consultant qui facture 200 jours par an à 500 euros de TJM génère 100 000 euros de chiffre d'affaires. Celui qui n'en facture que 150 (à cause de périodes d'intermission) tombe à 75 000 euros, ce qui réduit mécaniquement tous les montants en aval.

À quoi sert concrètement une simulation ?

Au-delà de l'estimation du revenu mensuel, la simulation permet de fixer un TJM plancher en dessous duquel la mission n'est pas viable financièrement. Elle permet aussi de comparer les offres de plusieurs sociétés de portage de manière objective, en mesurant l'impact réel de leurs frais respectifs sur le salaire net. Enfin, elle sert à anticiper les variations de revenus entre les mois forts (pleins de missions) et les mois creux (entre deux contrats), pour lisser sa trésorerie personnelle.

La plupart des sociétés de portage mettent à disposition un simulateur en ligne sur leur site. Ces outils sont utiles pour une première estimation rapide, mais ils ne remplacent pas une simulation détaillée réalisée par un conseiller, qui prendra en compte la situation fiscale personnelle du consultant, ses frais réels et les éventuels dispositifs d'optimisation disponibles.

Mathieu Barthelemy

Mathieu Barthélemy accompagne les créateurs d'entreprise dans leurs démarches juridiques, allant de la sélection du statut juridique à la gestion des obligations réglementaires, en fournissant des conseils pratiques et adaptés aux besoins de chaque entrepreneur.