Flat tax ou barème progressif : comment choisir le bon régime fiscal pour ses revenus de placement ?

Depuis l’instauration du prélèvement forfaitaire unique en 2018, tout contribuable percevant des revenus de capitaux mobiliers (dividendes, intérêts, plus values) doit arbitrer entre deux options fiscales : la flat tax ou le barème progressif de l’impôt sur le revenu. Ce choix, qui peut sembler technique, a des conséquences financières directes et parfois très significatives sur le montant final de l’impôt. Il mérite d’être analysé chaque année en fonction de la situation personnelle du contribuable.

Flat Tax Ou Bareme Progressif
Mathieu Barthelemy
Par Mathieu BARTHELEMY Modifié le 30/03/26 à 10:55

Qu'est ce que le prélèvement forfaitaire unique (PFU) ?

Le PFU, communément appelé flat tax, est un taux forfaitaire appliqué globalement à l'ensemble des revenus du capital. Depuis le 1er janvier 2026, il s'élève à 31,4 %, décomposé en 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Ce taux s'applique par défaut, sans aucune démarche de la part du contribuable.

Le PFU couvre les dividendes, les intérêts de comptes à terme, de livrets bancaires et d'obligations, ainsi que les plus values de cession de valeurs mobilières. Son principal atout réside dans sa simplicité : un taux unique, identique quel que soit le niveau de revenu du foyer fiscal.

Comment fonctionne l'option pour le barème progressif ?

Le contribuable peut renoncer au PFU et opter pour l'imposition de ses revenus du capital au barème progressif de l'impôt sur le revenu. Cette option est globale : elle s'applique à l'ensemble des revenus de capitaux mobiliers et des plus values de l'année, sans possibilité de panacher entre les deux régimes pour des catégories différentes.

L'option pour le barème progressif présente plusieurs spécificités. Les dividendes bénéficient d'un abattement de 40 % avant imposition, ce qui réduit sensiblement la base taxable. La CSG payée sur les revenus du capital est déductible à hauteur de 6,8 % du revenu imposable de l'année suivante. Enfin, les frais réels engagés pour la conservation et l'acquisition des revenus (frais de garde, droits de souscription) sont déductibles.

En contrepartie, les prélèvements sociaux restent dus au taux de 18,6 %, quelles que soient l'option choisie.

Dans quel cas la flat tax est elle plus avantageuse ?

La flat tax profite aux contribuables dont le taux marginal d'imposition (TMI) est supérieur ou égal à 30 %. Pour ces foyers, l'imposition au barème progressif aboutirait à un taux d'IR plus élevé que les 12,8 % de la flat tax, même en tenant compte de l'abattement de 40 % sur les dividendes et de la déductibilité partielle de la CSG.

Concrètement, un contribuable imposé dans la tranche à 41 % ou à 45 % a tout intérêt à conserver le PFU par défaut. C'est d'ailleurs la situation de la majorité des dirigeants d'entreprise qui perçoivent des dividendes importants en complément de leur rémunération.

Exemple chiffré avec la flat tax

Un dirigeant perçoit 50 000 € de dividendes de sa société. Avec le PFU à 31,4 %, l'impôt total s'élève à 15 700 €. Il conserve 34 300 € nets.

Quand le barème progressif devient il préférable ?

L'option pour le barème progressif se révèle gagnante pour les contribuables dont le TMI est inférieur ou égal à 11 %, et souvent intéressante pour ceux imposés à 30 % lorsqu'ils perçoivent principalement des dividendes (grâce à l'abattement de 40 %).

Pour un foyer non imposable ou faiblement imposé, les 12,8 % d'IR de la flat tax représentent un prélèvement inutile. L'imposition au barème permet de réduire voire d'annuler la part d'IR, tout en conservant le bénéfice de l'abattement de 40 % sur les dividendes et de la déductibilité de la CSG.

Exemple chiffré avec le barème progressif

Un contribuable dans la tranche à 11 % perçoit 50 000 € de dividendes. Après abattement de 40 %, la base imposable tombe à 30 000 €. L'IR calculé au barème progressif est nettement inférieur aux 6 400 € (12,8 % × 50 000 €) qu'aurait prélevé la flat tax. L'économie peut atteindre plusieurs milliers d'euros selon la composition du foyer fiscal.

Comment faire le bon choix chaque année ?

L'option pour le barème progressif se coche sur la déclaration de revenus, case 2OP. Elle est révocable d'une année sur l'autre, ce qui permet d'adapter sa stratégie en fonction de l'évolution de ses revenus.

Pour trancher, il est recommandé de réaliser une simulation avec les deux options à l'aide du simulateur mis à disposition par la Direction Générale des Finances Publiques sur le site impots.gouv.fr. La plupart des logiciels de déclaration de revenus proposent également cette comparaison automatique.

Les paramètres à prendre en compte sont le taux marginal d'imposition du foyer, la nature des revenus concernés (dividendes, intérêts ou plus values, car l'abattement de 40 % ne s'applique qu'aux dividendes), le montant total des revenus du capital par rapport aux autres revenus du foyer, et l'existence éventuelle de moins values reportables qui viendraient s'imputer sur les plus values.

Le choix du régime fiscal est une décision annuelle qui mérite d'être réévaluée à chaque déclaration. Un changement de situation familiale, une variation de revenus ou une modification de la politique de distribution de dividendes peuvent faire basculer l'intérêt d'une option vers l'autre. L'aide d'un expert comptable ou d'un conseiller fiscal permet d'éviter les erreurs qui, une fois la déclaration validée, ne sont plus rattrapables.

Il est également utile de rappeler que cette question ne concerne pas seulement les dirigeants d'entreprise. Tout contribuable percevant des intérêts de livrets bancaires, des dividendes d'actions détenues en direct ou des plus values de cession de titres est confronté au même arbitrage. La généralisation de la flat tax a simplifié la vie de nombreux épargnants, mais elle a aussi créé des situations où le choix par défaut n'est pas nécessairement le plus favorable. Prendre le temps de comparer les deux options, chiffres en main, peut représenter une économie de plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d'euros par an.

Mathieu Barthelemy

Mathieu Barthélemy accompagne les créateurs d'entreprise dans leurs démarches juridiques, allant de la sélection du statut juridique à la gestion des obligations réglementaires, en fournissant des conseils pratiques et adaptés aux besoins de chaque entrepreneur.