Portrait d’entrepreneur : Marlène Schiappa

En 3 questions, nous dressons le portrait d’un entrepreneur et de son parcours. Honneur aux dames pour commencer avec Marlène Schiappa, fondatrice du réseau Maman travaille, entrepreneure passionnée, généreuse et engagée.

1 – Bonjour, peux-tu te présenter et nous dire à quel âge tu es devenue entrepreneur(e) ?

Marlène Schiappa, 30 ans, 2 enfants. J’ai fondé Maman travaille, le 1er réseau de mères actives qui se décline en un blog diffusé sur Yahoo! ,  une association que je préside et une activité de lobby. J’ai écrit une petite dizaine de livres sur la vie familiale, la vie professionnelle ou la conciliation des deux, j’écris des chroniques ou des reportages sur la vie active femmes (Version Fémina, Huffington Post, Le Courrier de l’Atlas) et je suis conférencière (prochaine conférence au CJD) et consultante. Je suis engagée dans plusieurs associations et réseaux, « mentor » ou juré de concours comme le Prix de l’entrepreneuse, Power Starter ou le prix Trajectoires HEC au féminin, et j’organise avec l’association Maman travaille une journée annuelle des mères actives le 6 juin prochain, à Cité Universitaire. C’est un jour entier de conférences sur la conciliation vie pro / vie familiale.
Si je veux chipoter et répondre comme une candidate de télécrochet, je dirais que j’ai « toujours été entrepreneure » dans le sens où il existe, pour moi, un esprit d’entreprise que l’on a ou que l’on a pas (ce n’est pas un jugement de valeur; il y a des gens très brillants qui n’ont pas l’esprit d’entreprise).

Mais pour répondre vraiment, j’ai monté ma première entreprise à 24 ans avec un ami et co-auteur; c’était une agence de production de contenu éditorial web; et je me suis associée à d’autres entreprises par la suite. Je mijotais l’idée depuis l’âge de 19-20 ans, j’ai eu besoin de plusieurs années pour trouver un vrai business model, être en lien avec des clients, et sans doute les circonstances qui mettent un coup de pied aux fesses, aussi.

2 – Qu’est-ce qui t’a poussée à créer ?

Avant tout la maternité (dur de finir à 19 heures quand la crèche ferme ses portes à 17 heures 45…) mais maintenant que j’y réfléchis, d’autres facteurs. Je suis entrée sur le marché du travail avec uniquement le bac, j’ai gravi un à un tous les échelons à force de travail et de persévérance, standardiste, secrétaire, assistante, chargée de communication… mais je sentais que sans vrai diplôme et étant une jeune fille de 24 ans, on ne me confierait jamais rien de mieux. En montant ma boîte, j’ai pu encadrer des équipes et, par la suite, obtenir un diplôme en VAE et réintégrer le marché « salarié » à un poste de cadre dirigeante. Ca a été un accélérateur de temps et de « crédibilité ». Vouloir un poste de cadre en entreprise à 24 ans sans diplôme attire les rires, diriger une entreprise qu’on a créé sans diplôme à 24 ans force le respect; j’ai eu de gros clients comme Yahoo! ou Microsoft, par exemple. Amusant non ?

C’est aussi la seule activité où l’on récolte concrètement le fruit de ses efforts. Il y a une part de fierté.

3 – Quel(s) conseils donnerais-tu à un jeune qui veut se lancer ?

Plein, en vrac :

S’interroger sur ce qu’il est prêt à mettre dans la balance : créer une entreprise, c’est renoncer à beaucoup de loisirs, de sorties, d’études parfois, pour du temps de travail dont on n’a jamais, au démarrage, la garantie qu’il rapporte quoi que ce soit.
Se poser les questions: En quoi mon parcours est-il en adéquation avec ce projet ? Quelle est ma valeur ajoutée, mon plus par rapport à ce qui existe déjà sur le marché ? En quoi est-ce une urgence de créer maintenant et pas dans trois ans ?
Avoir une sécurité financière pour les premiers mois: chômage, ACCRE, soutien familial, bourse (quitte à sécher les cours) (et là les parents me détestent) job alimentaire à mi-temps, petite copine ou petit copain qui paye le loyer…

Réfléchir: est-ce vraiment une ENTREPRISE que je veux créer ? Pas une association, pas une activité freelance, pas du bénévolat…?

Ne pas poser les statuts de la boîte avant d’avoir signé son premier client. Vous pouvez signer un client avec un SIRET en cours d’immatriculation, en revanche si vous ouvrez l’entreprise vous lancez le décompte de la TVA, du RSI et compagnie; vous pouvez vous retrouver deux ans après sans un seul client important signé et criblé de dettes auprès de l’Etat (le pire créancier du monde) Dans la même idée, trouver un très bon comptable. J’en avais un très mauvais, on le payait quasi 300 euros par mois à ne rien faire avant de réaliser qu’il avait disparu et n’avait jamais payé ni les impôts ni les cotisations ni la TVA. Tout payer d’un coup 3 ans après n’a pas été très fun. Si c’était à refaire je le choisirais mieux et c’est valable pour tous vos prestataires: organisez de vrais recrutements, pas juste des « il a l’air compétent, bon OK on signe. » au premier rendez-vous.

Se dire que ce n’est pas impossible: vous avez peut-être LA bonne idée de l’année, allez-y lancez-vous ! Au mieux ça marche et vous gagnez beaucoup d’argent, créez des emplois et fournissez des produits/services en faisant ce que vous aimez; au pire vous échouez et vous aurez une expérience géniale à raconter sur votre CV et à vos enfants. Et rien ne vous empêchera de réessayer dans 5 ou 6 ans…

Spécifiquement pour les jeunes porteurs de projets, je dirais: ne laissez jamais les gens vous rappeler que vous êtes jeunes . On peut avoir une idée géniale à 21 ans et une idée infructueuse à 40. La valeur n’attend pas le nombre des années. Alors si vous avez rendez-vous avec un banquier, un investisseur, un client, ne  »surjouez » pas le jeune caricatural comme il ou elle se l’imagine peut-être en jean et sweat à capuche; ça peut faire appel à tous leurs clichés effrayants (le jeune qui va passer « sa vie sur Facebook » et peut changer d’avis le lendemain)
Trouvez-vous un ou une mentor, quelqu’un qui a créé une entreprise et appartient à une génération précédente et pourra vous guider sur les écueils à éviter.

Dernier petit conseil pour les jeunes femmes : le congé maternité des entrepreneuses est quasi inexistant, mettez de l’argent de côté ou gardez un statut salarié (en formation, année sabbatique) ou étudiant, pour dépendre du régime général si vous voulez avoir un bébé en phase de création ou juste après la création de votre entreprise.