Rendements des fonds euros 2025 : bilan complet et classement des meilleurs contrats

L’année 2025 restera comme un millésime exceptionnel pour l’assurance vie en France. Avec une collecte nette de 50,6 milliards d’euros, du jamais vu depuis 2010, et un encours total qui a franchi la barre symbolique des 2 107 milliards d’euros, le placement préféré des Français a retrouvé une dynamique que beaucoup pensaient révolue.

Rendements Fonds Euros
Mathieu Barthelemy
Par Mathieu BARTHELEMY Modifié le 25/03/26 à 11:30

Les fonds en euros, longtemps délaissés au profit des unités de compte, ont eux aussi signé leur grand retour avec une collecte nette positive de 8,1 milliards d'euros, mettant fin à cinq années consécutives de décollecte. Mais derrière ces chiffres globaux encourageants, les écarts de rendement entre les contrats se sont encore creusés. Du simple au double, parfois davantage, les performances servies au titre de 2025 dessinent un paysage très contrasté où le choix du bon contrat n'a jamais autant compté.

Un contexte favorable aux fonds en euros

Plusieurs facteurs ont contribué à rendre 2025 particulièrement propice aux fonds en euros. Le premier, et sans doute le plus déterminant, tient à l'environnement obligataire. L'OAT 10 ans, qui sert de référence pour la dette française, a évolué autour de 3,37 % en moyenne sur l'année, un niveau nettement supérieur à celui observé entre 2015 et 2021 quand les taux flirtaient avec zéro, voire passaient en territoire négatif.

Les assureurs ont ainsi pu renouveler progressivement leurs portefeuilles obligataires en remplaçant d'anciennes souches peu rémunératrices par des émissions offrant des coupons bien plus attractifs. Ce mécanisme ne produit pas ses effets du jour au lendemain, car un fonds en euros détient des milliers de lignes obligataires acquises sur plusieurs années. Mais la tendance est enclenchée et ses bénéfices s'amplifient trimestre après trimestre.

L'autre élément déclencheur a été la baisse du taux du Livret A. Fixé à 3 % en début d'année 2025, il a été abaissé à 2,4 % en février, puis à 1,7 % en août. Au 1er février 2026, il est passé à 1,5 %. Cette érosion continue a mécaniquement inversé la hiérarchie entre les placements sans risque. Le Livret A, totalement exonéré d'impôts, dominait encore largement les fonds en euros il y a deux ans. Ce n'est plus le cas pour la grande majorité des contrats.

Rendement moyen : que retenir des chiffres publiés ?

Selon les estimations du cabinet Facts & Figures et les données compilées par FranceTransactions.com, le rendement moyen des fonds en euros au titre de 2025 s'établit aux alentours de 2,65 % net de frais de gestion et brut de prélèvements sociaux. Ce chiffre marque une très légère progression par rapport à 2024 (2,60 % selon l'ACPR) et confirme la stabilisation amorcée après le point bas historique de 1,30 % atteint en 2021.

Une fois déduits les prélèvements sociaux de 17,2 %, le rendement net tombe à environ 2,19 %. C'est mieux que le Livret A à 1,5 %, mais la différence n'est pas aussi spectaculaire qu'on pourrait le croire au premier abord. Il faut aussi garder à l'esprit que certains contrats appliquent encore des frais sur versement, estimés en moyenne à 0,75 % par l'Observatoire des produits d'épargne financière, ce qui réduit d'autant le capital effectivement investi dès le départ. Les contrats en ligne, eux, suppriment généralement ces frais d'entrée.

Le classement des meilleurs fonds euros en 2025

Les fonds euros au dessus de 3,50 %

En tête du classement, le fonds euros Corum EuroLife du contrat Corum Life affiche 4,10 %, un rendement en baisse par rapport aux 4,65 % servis en 2024 mais qui reste le plus élevé du marché. Il faut toutefois noter une contrainte de taille : ce fonds n'est accessible que dans la limite de 25 % du contrat, les 75 % restants devant être investis en unités de compte (SCPI et fonds obligataires Corum). Le nouveau fonds euros Afer Génération fait une entrée remarquée à 4,05 %, mais son fonctionnement s'apparente davantage à un fonds eurocroissance puisque les intérêts annuels ne sont versés qu'au terme d'une période d'engagement de huit ans, avec un bonus de fidélité de 10 %.

Ampli Mutuelle maintient son taux à 3,75 % pour la troisième année consécutive sur son contrat monosupport, réservé aux professions libérales et indépendants. Ce fonds, lancé en 2023, bénéficie pleinement d'un portefeuille obligataire constitué à 98 % d'obligations acquises dans un environnement de taux élevés. SwissLife Euro+ (distribué via Placement Direct) pointe à 3,60 %, mais sa commercialisation est temporairement fermée pour préserver la performance. La Carac progresse encore à 3,55 %, poursuivant une trajectoire haussière engagée depuis 2021. Enfin, Garance et La France Mutualiste servent toutes deux 3,50 %, des niveaux stables d'une année sur l'autre.

Les fonds euros entre 3 % et 3,50 %

La MIF affiche 3,45 % sur ses contrats multisupports (2,65 % sur le monosupport), en hausse par rapport aux 3,35 % de 2024. Le fonds euros Objectif Climat de Spirica, disponible sur le contrat Linxea Spirit 2, atteint 3,26 %, un fonds à part puisqu'il s'agit du seul fonds euros classé Article 9 au sens de la réglementation SFDR, avec au moins 90 % des encours orientés vers des projets liés à la transition écologique.

La MACSF progresse légèrement à 3,15 % sur son contrat RES Multisupport, fidèle à sa politique de gestion prudente adaptée aux professionnels de santé. Le fonds euros Nouvelle Génération de Spirica, également accessible via Linxea Spirit 2, sert 3,08 %, en léger recul par rapport aux 3,13 % de 2023 et 2024. La Maif signe une année historique avec 3,05 %, en hausse, et une collecte brute en épargne qui a franchi pour la première fois le milliard d'euros. Le fonds euros Netissima de Generali délivre 3,00 % de taux de base, identique à 2024, auquel peut s'ajouter un bonus conditionnel pouvant porter le rendement total à 4,60 % pour les épargnants investissant au moins 50 % en unités de compte. La Matmut reste stable à 3,00 % pour la troisième année consécutive. Quant au fonds Suravenir Opportunités 2, disponible sur Linxea Avenir 2, il affiche également 3,00 %.

Les fonds euros entre 2,50 % et 3 %

On retrouve dans cette tranche la Société Générale avec un taux moyen de 2,90 % (via ses contrats Séquoia et Ebène, pouvant grimper jusqu'à 4,65 % avec les bonus), BNP Paribas Cardif à 2,75 % de taux de base (taux moyen de 2,92 % tous contrats confondus, avec des bonus pouvant atteindre 4,55 %), Milleis à 2,75 %, Agipi (AXA) à 2,75 % en hausse, la Macif à 2,70 % et l'Afer historique à 2,65 %. Ce dernier revient dans la moyenne du marché après deux années de sous-performance.

Les contrats Covéa (MAAF, GMF, MMA) accusent un recul de leur taux de base, la MAAF servant par exemple 2,50 % sans condition d'UC.

Les fonds euros sous les 2,50 %

Les vieux fonds euros de certains assureurs continuent de souffrir. Le fonds Suravenir Rendement 2 ne sert que 2,10 %, tandis que le fonds Eurossima de Generali tombe à 1,67 %. Les anciens fonds euros de Spirica affichent des rendements moribonds autour de 1,60 % à 1,70 %, pénalisés par un stock massif d'obligations anciennes à faible coupon. Pour les détenteurs de ces contrats, un transfert vers un contrat plus récent mérite d'être sérieusement envisagé.

Mutuelles, courtiers en ligne, banques traditionnelles : qui tire son épingle du jeu ?

Le constat est sans ambiguïté. Les mutuelles et les courtiers spécialisés dominent très largement le haut du classement. Ampli Mutuelle, Garance, La France Mutualiste, la Carac, la MACSF ou encore la MIF occupent régulièrement les premières places depuis plusieurs années. Leur modèle repose sur des frais contenus, une gestion obligataire souvent plus agile et l'absence de réseau de distribution coûteux à rémunérer.

Les contrats distribués par les courtiers en ligne (Linxea, Assurancevie.com, Placement Direct, Mon Petit Placement) tirent également leur épingle du jeu grâce à des frais de gestion réduits (souvent 0,50 % à 0,60 % par an sur les unités de compte) et l'accès à des fonds euros de nouvelle génération plus performants que la moyenne.

À l'inverse, les grands réseaux bancaires (Crédit Agricole, BNP Paribas, Société Générale, Banque Postale) affichent des taux de base plus modestes, compensés par des politiques de bonus parfois généreuses mais soumises à des conditions strictes de diversification en unités de compte. Le message sous-jacent est clair : les banques utilisent le bonus comme levier pour orienter l'épargne de leurs clients vers des supports plus rémunérateurs pour elles en termes de commissions.

Les bonus de rendement : opportunité ou piège ?

En 2025, la quasi-totalité des assureurs ont proposé des offres de bonification sur les versements effectués sur leurs fonds en euros. Ces bonus, allant de +1 % à +2,75 % selon les contrats, permettent d'afficher des rendements pouvant dépasser 4,50 %, voire frôler 5 % sur certaines offres. La bonification de Suravenir Opportunités 2 (jusqu'à +2 % sans condition d'UC), celle de Netissima (+1,60 % avec 50 % d'UC minimum) ou encore le boost de Lucya by AXA (+1,85 % sous conditions) comptent parmi les plus attractives du marché.

Il convient néanmoins de garder la tête froide. Ces bonus sont temporaires, généralement valables sur un ou deux exercices. Ils sont souvent conditionnés à un versement minimum (parfois 100 000 euros), à une durée de maintien de l'investissement sans rachat ni arbitrage, et dans de nombreux cas à un pourcentage minimal d'unités de compte. Or investir 40 à 50 % de son versement en UC expose à un risque de perte en capital qui peut très vite annuler le bénéfice du bonus si les marchés financiers corrigent.

Fonds en euros classiques ou fonds euros de nouvelle génération ?

Les fonds euros dits « nouvelle génération » ou « dynamiques » se distinguent par une garantie en capital légèrement réduite (généralement 97 % à 98 % au lieu de 100 %) en échange d'une allocation d'actifs plus diversifiée intégrant de l'immobilier, du private equity ou des actions en complément du socle obligataire traditionnel. Le fonds Nouvelle Génération de Spirica (garanti à 98 %) ou Suravenir Opportunités 2 (garanti à 97 %) illustrent cette approche.

Les résultats sont globalement probants : ces fonds affichent des rendements supérieurs à la moyenne depuis leur création. En contrepartie, le risque théorique de perte existe, même s'il ne s'est jamais matérialisé à ce jour. Pour un épargnant dont l'horizon de placement dépasse trois à cinq ans, cette légère concession sur la garantie paraît raisonnable au regard du surcroît de performance obtenu.

Fonds en euros et Livret A : le match est-il vraiment joué ?

Avec un Livret A ramené à 1,5 % depuis février 2026, la comparaison semble tourner en faveur de l'assurance vie pour tout épargnant dont le contrat affiche au moins 2,70 % brut. En dessous de ce seuil, une fois les prélèvements sociaux de 17,2 % déduits, le rendement net du fonds euros passe sous celui du Livret A, totalement exonéré de fiscalité.

Mais la comparaison ne s'arrête pas au seul rendement instantané. L'assurance vie bénéficie d'une fiscalité dégressive avec le temps, et après huit ans de détention, un abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule (9 200 euros pour un couple) rend les gains partiellement exonérés d'impôt sur le revenu. Sur un horizon de placement long, l'avantage fiscal de l'assurance vie l'emporte nettement, sans même évoquer les atouts en matière de transmission du patrimoine.

Le Livret A conserve en revanche un avantage incomparable : la liquidité totale et immédiate, sans aucune contrainte. Il reste le support idéal pour l'épargne de précaution, ces trois à six mois de dépenses courantes qu'il faut pouvoir mobiliser à tout moment. Au-delà de cette poche de sécurité, l'assurance vie a repris l'avantage.

Quelles perspectives pour les fonds euros en 2026 ?

Les projections du marché tablent sur une stabilisation des rendements moyens autour de 2,50 % à 2,80 % pour l'exercice 2026. Tant que les taux obligataires restent à des niveaux proches de ceux observés en 2025, les assureurs continueront de reconstituer leurs portefeuilles avec des obligations mieux rémunérées, ce qui devrait soutenir, voire améliorer légèrement, les performances servies.

Un élément nouveau pourrait amplifier les flux vers l'assurance vie dans les mois à venir. La loi de novembre 2010, qui impose une durée maximale de quinze ans pour les plans épargne logement (PEL), va entraîner la clôture automatique de 3,2 millions de PEL entre 2026 et 2030, représentant un encours total de 93 milliards d'euros. Une part significative de ces capitaux devrait naturellement se réorienter vers l'assurance vie, qui offre à la fois un rendement supérieur et un cadre fiscal avantageux. Sur le plan réglementaire, la fiscalité de l'assurance vie a été préservée dans le budget 2026 adopté par 49.3. L'extension de l'IFI aux fonds en euros a été écartée, et le prélèvement forfaitaire unique reste à 30 % pour l'assurance vie, contrairement au PER dont la flat tax est passée à 31,4 %. La stabilité fiscale actuelle constitue un argument de poids pour les épargnants qui souhaitent structurer leur patrimoine sereinement.

Le principal risque identifié serait un retournement rapide de la politique monétaire de la BCE, avec une baisse marquée des taux directeurs qui viendrait peser sur les rendements obligataires futurs. À court terme, ce scénario semble toutefois peu probable, la BCE ayant maintenu ses taux inchangés lors de sa dernière réunion dans un contexte d'incertitudes géopolitiques persistantes.

Comment optimiser le rendement de son fonds en euros ?

Plusieurs leviers existent pour tirer le meilleur parti de son contrat d'assurance vie sans prendre de risques excessifs.

Le premier consiste tout simplement à choisir le bon contrat. L'écart entre un fonds euros à 1,67 % et un autre à 3,50 % représente, sur 100 000 euros placés pendant dix ans, une différence de plusieurs milliers d'euros d'intérêts cumulés. Privilégier un contrat en ligne sans frais sur versement, avec des frais de gestion annuels contenus (0,50 % à 0,60 %), permet de maximiser le capital réellement investi et le rendement net perçu.

Le deuxième levier est de profiter des offres de taux boostés lorsqu'elles ne comportent pas de contrainte d'investissement en unités de compte. Le fonds Suravenir Opportunités 2, par exemple, a proposé des bonifications allant jusqu'à +2 % sans exigence minimale en UC, ce qui constitue une opportunité rare sur le marché.

Enfin, pour les épargnants disposant d'un horizon long et acceptant une part de risque modérée, panacher fonds en euros et unités de compte (ETF, SCPI, fonds diversifiés) dans une allocation adaptée à son profil permet de viser un rendement global supérieur tout en conservant un socle sécurisé.

Mathieu Barthelemy

Mathieu Barthélemy accompagne les créateurs d'entreprise dans leurs démarches juridiques, allant de la sélection du statut juridique à la gestion des obligations réglementaires, en fournissant des conseils pratiques et adaptés aux besoins de chaque entrepreneur.