Bonne nouvelle : se protéger n'exige pas d'être un expert des marchés financiers. Voici six outils, du plus simple au plus technique, à connaître dès le démarrage.
1. Le change au comptant, bien utilisé
Le change au comptant (spot) consiste à convertir une devise au cours du moment, pour une livraison quasi immédiate. C'est ce que vous faites, souvent sans y penser, quand vous payez un fournisseur en dollars depuis un compte en euros.
Ce n'est pas une couverture en soi, mais la manière de l'utiliser compte. Deux réflexes font la différence. D'abord, comparer le taux appliqué au taux de marché : la marge de l'intermédiaire peut varier de quelques dixièmes de point à plusieurs points. Ensuite, éviter de convertir dans l'urgence, la veille d'une échéance, quand on n'a plus le choix du moment.
2. Le contrat à terme
C'est l'outil de couverture le plus utilisé par les PME. Le contrat à terme (forward) permet de fixer aujourd'hui le taux auquel vous achèterez ou vendrez une devise à une date future.
Exemple : vous devez payer 30 000 dollars à votre fabricant dans trois mois. Vous concluez un contrat à terme à un taux fixé aujourd'hui. Quoi qu'il arrive sur les marchés, vous connaîtrez exactement le coût en euros de votre commande, et pourrez fixer votre prix de vente en conséquence.
Le taux à terme n'est pas exactement le taux du jour : il intègre l'écart de taux d'intérêt entre les deux devises. Et l'engagement est ferme : si le cours évolue finalement en votre faveur, vous ne profiterez pas de l'amélioration.
3. L'option de change
L'option de change donne le droit, mais pas l'obligation, d'acheter ou de vendre une devise à un taux fixé à l'avance. Si le marché évolue défavorablement, vous exercez l'option. S'il évolue favorablement, vous l'abandonnez et profitez du meilleur cours.
Cette flexibilité a un prix : une prime, payée dès la souscription. L'option est utile lorsque l'opération elle-même est incertaine, par exemple pour un appel d'offres à l'export dont vous ne savez pas encore si vous le remporterez. Pour une jeune entreprise, c'est généralement un outil à manier avec un conseiller, une fois les volumes significatifs.
4. La couverture naturelle
C'est l'outil le plus économique, car il ne coûte rien. Le principe : faire correspondre les recettes et les dépenses dans une même devise.
Si vous achetez en dollars auprès d'un fabricant asiatique et que vous vendez aussi en dollars à des clients américains, vos recettes en dollars financent vos achats en dollars. Seul l'écart entre les deux est exposé au change. Dès la construction de votre modèle, posez-vous la question : existe-t-il des marchés ou des fournisseurs qui équilibreraient naturellement mes flux ?
5. Les clauses contractuelles
Le risque de change peut aussi se négocier. Plusieurs leviers existent dans vos contrats commerciaux :
- facturer ou être facturé en euros, ce qui transfère le risque à votre partenaire, qui l'intégrera probablement dans son prix ;
- prévoir une clause de révision de prix si le cours s'écarte au-delà d'un certain seuil ;
- limiter la durée de validité de vos devis en devises, pour ne pas rester engagé sur un prix pendant des mois ;
- raccourcir les délais de paiement, car moins de temps entre facture et règlement signifie moins d'exposition.
Ces clauses ne remplacent pas un outil financier, mais elles réduisent le montant à couvrir.
6. Le compte multidevises
Disposer d'un compte capable de détenir plusieurs devises change la gestion du risque. Vous pouvez encaisser des dollars et les conserver, puis les utiliser plus tard pour payer un fournisseur, sans double conversion.
Vous gagnez surtout la maîtrise du calendrier : la conversion se fait quand vous le décidez, et non au moment où l'argent arrive. Combiné à la couverture naturelle, c'est souvent le premier outil mis en place par les jeunes entreprises tournées vers l'international. Les acteurs spécialisés dans le change de devises pour les entreprises, comme Statrys, Fintech présente à Hong Kong et à Singapour, publient des ressources pédagogiques sur ces sujets, notamment pour les entreprises qui commercent avec l'Asie.
Quel outil choisir selon votre situation ?
| Situation |
Outil adapté |
| Petits montants ponctuels |
Change au comptant, au meilleur taux |
| Achat ferme à payer dans quelques mois |
Contrat à terme |
| Opération incertaine (appel d'offres) |
Option de change |
| Recettes et dépenses dans la même devise |
Couverture naturelle |
| Relation commerciale récurrente |
Clauses contractuelles |
| Flux réguliers en plusieurs devises |
Compte multidevises |
Les exportateurs français peuvent aussi se renseigner sur les garanties de change proposées par Bpifrance Assurance Export, conçues pour sécuriser un cours sur une période de prospection ou la durée d'un contrat.
Les trois réflexes à adopter dès le premier jour
Fixer un taux budgétaire prudent. Calculez vos prix de vente avec un taux légèrement moins favorable que le cours du jour. C'est votre première ligne de défense.
Mesurer son exposition. Chaque mois, notez les montants à payer et à encaisser par devise sur les trois à six mois suivants. Vous saurez ainsi quelle part de votre activité dépend du change.
Décider à froid. Définissez à l'avance à partir de quel montant vous couvrez une opération. Une règle simple, décidée calmement, vaut mieux qu'une décision prise sous la pression d'un cours qui chute.
Le risque de change fait partie de toute aventure internationale. Le connaître et l'organiser dès les cent premiers jours, c'est se donner les moyens de grandir à l'étranger sans que les marchés financiers décident de votre rentabilité à votre place.