Qui est concerné par la facturation électronique ?

La réforme de la facturation électronique représente un tournant majeur pour le tissu économique français. À partir du 1er septembre 2026, la manière dont les entreprises émettent, transmettent et reçoivent leurs factures va profondément changer.

Fini le simple PDF envoyé par e-mail : place à des formats structurés, normés, transitant par des plateformes agréées par l’État. Mais alors, qui est réellement touché par cette obligation ? La réponse est plus large qu’on ne le pense souvent, et mieux vaut s’y préparer dès maintenant plutôt que de découvrir au dernier moment qu’on entre dans le périmètre de la réforme.

Facturation Electronique Qui Est Concerne
Mathieu Barthelemy
Par Mathieu BARTHELEMY Modifié le 23/04/26 à 16:31

Facturation Electronique Qui Est Concerne

Toutes les entreprises assujetties à la TVA sont dans le périmètre

Le principe de base est simple à énoncer : toute entreprise établie en France et assujettie à la TVA est concernée par la facturation électronique. Cela englobe les grandes entreprises, les entreprises de taille intermédiaire (ETI), les PME, les TPE et même les micro-entreprises.

Le site officiel economie.gouv.fr estime que plus de 10 millions d'acteurs économiques entrent dans le champ de cette réforme.

En pratique, cela signifie que dès qu'une structure réalise une activité économique indépendante à titre habituel sur le territoire français, elle tombe sous le coup de cette nouvelle obligation. Peu importe la taille, peu importe le secteur d'activité, peu importe le chiffre d'affaires réalisé.

Les transactions B2B domestiques au cœur du dispositif

La facturation électronique s'applique en priorité aux opérations réalisées entre professionnels français assujettis à la TVA. On parle ici de transactions B2B domestiques, c'est-à-dire des échanges commerciaux entre deux entreprises situées en France.

Concrètement, quand un fournisseur vend un bien ou rend un service à un client professionnel français, la facture correspondante devra obligatoirement transiter sous format électronique structuré via une plateforme agréée.

Les livraisons de biens, les prestations de services, les acomptes versés entre professionnels : tout cela entre dans le champ de l'obligation. Les seules opérations B2B exclues de la facturation électronique sont celles qui bénéficient d'une exonération spécifique de TVA, comme certaines opérations bancaires, d'assurance ou encore les activités médicales et paramédicales exonérées par nature.

Et les micro-entrepreneurs, sont-ils vraiment concernés ?

C'est l'une des questions les plus fréquentes, et la réponse est sans ambiguïté : oui. Les micro-entrepreneurs sont pleinement concernés par la réforme, y compris ceux qui bénéficient de la franchise en base de TVA et qui ne facturent donc pas la TVA à leurs clients.

Pourquoi ? Parce que la réforme vise tous les assujettis à la TVA, et non uniquement les redevables. Or, un micro-entrepreneur en franchise en base reste juridiquement assujetti à la TVA, même s'il bénéficie d'une dispense de collecte. Le site impots.gouv.fr le confirme explicitement : la réforme s'applique à tous les assujettis, qu'ils soient redevables ou non.

Un plombier en micro-entreprise qui facture une société de BTP devra donc passer par la facturation électronique pour cette transaction. En revanche, s'il facture un particulier, cette vente relèvera non pas de la facturation électronique mais de l'e-reporting, un dispositif complémentaire dont il sera question un peu plus loin.

Les professions libérales et les activités exonérées : un cas à part

Certaines professions bénéficient d'une exonération de TVA liée à la nature même de leur activité. C'est le cas notamment des médecins, des infirmiers, des sages-femmes ou encore de certains formateurs. Pour ces professionnels, les actes exonérés ne sont pas soumis à l'obligation de facturation électronique.

Attention toutefois à ne pas aller trop vite en besogne. Si un médecin exerce une activité annexe soumise à la TVA, comme la vente de compléments alimentaires ou la location d'un local professionnel à un confrère, ces opérations-là entrent dans le champ de la réforme. La prudence impose donc de vérifier chaque flux de revenus au cas par cas, car les exceptions sont parfois plus étroites qu'on ne l'imagine.

Quelles sont les échéances à retenir ?

La mise en œuvre de la réforme suit un déploiement progressif qui dépend de la taille de l'entreprise. Pour s'y retrouver, mieux vaut consulter le calendrier de la facturation électronique détaillé et bien identifier les deux grandes échéances qui structurent cette transition.

1er septembre 2026 : la première étape

À cette date, toutes les entreprises françaises assujetties à la TVA, quelle que soit leur taille, devront être en capacité de recevoir des factures électroniques. Cela implique d'avoir choisi une plateforme agréée et d'être techniquement prêt à réceptionner des factures dans un format structuré comme Factur-X, UBL ou CII. En parallèle, les grandes entreprises et les ETI auront également l'obligation d'émettre leurs factures sous format électronique dès cette date.

1er septembre 2027 : la généralisation complète

Un an plus tard, l'obligation d'émission sera étendue à l'ensemble des entreprises, y compris les PME, les TPE et les micro-entreprises. À partir de cette date, plus aucune entreprise assujettie ne pourra se contenter d'envoyer un PDF classique par e-mail pour facturer un client professionnel français.

Le e-reporting : l'autre volet de la réforme qu'il ne faut pas oublier

La facturation électronique ne couvre que les échanges entre professionnels français assujettis à la TVA. Mais la réforme ne s'arrête pas là. Pour toutes les autres opérations, un mécanisme complémentaire appelé e-reporting entre en jeu.

Le e-reporting concerne les ventes réalisées auprès de particuliers (B2C), les transactions avec des entreprises étrangères situées hors de France, qu'elles soient intracommunautaires ou internationales, ainsi que les opérations avec des organismes non assujettis.

Dans ces cas de figure, l'entreprise n'émet pas de facture électronique au sens de la réforme, mais elle doit transmettre certaines données de transaction à l'administration fiscale. L'objectif pour l'État est de pouvoir reconstituer l'activité économique globale de chaque entreprise, même lorsque les flux ne passent pas par le circuit de la facturation électronique.

Le calendrier du e-reporting suit les mêmes échéances que celui de la facturation électronique.

Qui n'est pas concerné par la facturation électronique ?

Il existe bien quelques situations dans lesquelles la facturation électronique ne s'applique pas. Les particuliers, d'abord, ne sont évidemment pas tenus d'émettre ou de recevoir des factures électroniques. Les associations à but non lucratif qui ne réalisent pas d'activité économique taxable sortent également du périmètre. Enfin, les entreprises étrangères sans établissement stable en France ne sont pas soumises à cette obligation pour leurs transactions réalisées depuis l'étranger.

Il faut aussi noter que certaines opérations spécifiques échappent à la facturation électronique, comme les prestations dans le domaine de la santé exonérées de TVA, les opérations d'enseignement ou encore certaines activités bancaires et financières.

Mais encore une fois, ces exclusions portent sur la nature de l'opération, pas sur le statut de l'entreprise. Une même structure peut donc être concernée pour une partie de son activité et exclue pour une autre.

Pourquoi anticiper dès maintenant ?

Se préparer à la facturation électronique ne se résume pas à cocher une case la veille de l'échéance. Cela implique de choisir une plateforme agréée par l'État, de vérifier la compatibilité de ses outils de gestion et de facturation, de fiabiliser ses référentiels clients et fournisseurs, et parfois de repenser ses processus internes.

La loi de finances pour 2026 a par ailleurs renforcé les sanctions en cas de non-conformité. L'amende pour non-émission d'une facture électronique est passée de 15 à 50 euros par facture, avec un plafond annuel de 15 000 euros. L'absence de désignation d'une plateforme agréée expose à une amende de 500 euros après mise en demeure, puis à des pénalités de 1 000 euros tous les trois mois en cas de manquement persistant.

Quant au défaut de transmission des données dans le cadre de l'e-reporting, l'amende s'élève à 500 euros par transmission manquante, toujours dans la limite de 15 000 euros annuels.

Un point rassurant tout de même : la loi prévoit une clause de bienveillance. En cas de première infraction réparée spontanément ou dans les 30 jours suivant une demande de l'administration, aucune sanction ne sera appliquée. Cela n'enlève rien à l'intérêt de s'y prendre à l'avance pour éviter tout blocage administratif le jour venu.

Les plateformes agréées : un passage obligé pour toutes les entreprises

L'un des changements majeurs introduits par cette réforme, c'est que les factures ne circulent plus directement d'une entreprise à l'autre. Elles doivent transiter par une plateforme agréée (anciennement appelée plateforme de dématérialisation partenaire ou PDP) qui assure plusieurs fonctions. Elle convertit les factures dans un format structuré conforme, elle vérifie la présence des mentions obligatoires, elle transmet les données nécessaires à l'administration fiscale via le Portail Public de Facturation (PPF), et elle achemine la facture vers le destinataire.

Chaque entreprise doit donc choisir sa plateforme agréée avant le 1er septembre 2026. Le PPF, quant à lui, ne gère plus directement l'échange de factures entre entreprises : il sert désormais de répertoire central (annuaire des entreprises) et de point de collecte des données fiscales. C'est un élément à ne pas négliger dans la préparation, car sans plateforme agréée, il sera tout simplement impossible de recevoir ou d'émettre des factures dans les règles.

Les nouvelles mentions obligatoires sur les factures

Au-delà du format et du circuit de transmission, la réforme impose également de nouvelles mentions sur les factures à compter du 1er septembre 2026.

Parmi elles figurent la catégorie de l'opération (livraison de biens, prestation de services, ou les deux), la mention relative à l'option pour le paiement de la TVA sur les débits le cas échéant, ainsi que l'adresse de livraison lorsqu'elle diffère de l'adresse de facturation.

Ces ajouts viennent s'ajouter aux mentions déjà obligatoires comme le numéro SIREN, le numéro de TVA intracommunautaire, le détail des biens ou services facturés, et les conditions de paiement. Les plateformes agréées effectuent en principe un contrôle automatique de la présence de ces éléments, ce qui constitue un filet de sécurité appréciable pour les entreprises.

En résumé : êtes-vous concerné ?

Si l'activité exercée est soumise à la TVA en France, que le statut soit celui d'une grande entreprise, d'une PME, d'un artisan, d'un commerçant, d'un professionnel libéral ou d'un micro-entrepreneur, la réponse est oui dans l'immense majorité des cas.

La seule variable concerne le calendrier : les plus grandes structures doivent émettre dès septembre 2026, tandis que les plus petites bénéficient d'un délai supplémentaire d'un an pour l'émission. Mais toutes, sans exception, doivent être prêtes à recevoir des factures électroniques dès le 1er septembre 2026.

Il est encore temps de se préparer sereinement, à condition de ne pas repousser les démarches indéfiniment. Choisir une plateforme agréée, adapter ses outils, former ses collaborateurs ou tout simplement se renseigner sur les impacts concrets pour son activité : chaque étape franchie aujourd'hui, c'est un souci en moins demain.

Mathieu Barthelemy

Mathieu Barthélemy accompagne les créateurs d'entreprise dans leurs démarches juridiques, allant de la sélection du statut juridique à la gestion des obligations réglementaires, en fournissant des conseils pratiques et adaptés aux besoins de chaque entrepreneur.