Le choix du statut juridique conditionne directement ce qui reste dans la poche du consultant ou du freelance à la fin du mois. Entre le portage salarial, qui délègue toute la gestion à un tiers en échange de frais prélevés sur le chiffre d’affaires, et la SASU, qui offre une liberté totale mais implique de piloter sa propre société, les écarts de rémunération nette peuvent être substantiels. Encore faut-il savoir à partir de quel seuil l’un devient plus intéressant que l’autre, et quelles contreparties accompagnent chaque option.
Portage salarial ou SASU : quel montage pour optimiser sa rémunération ?
Deux statuts, deux philosophies
Le portage salarial : la simplicité avant tout
En portage salarial, le consultant signe un contrat de travail avec une société de portage qui se charge de facturer les clients, d'encaisser les paiements, de calculer et reverser les cotisations sociales, et de produire les bulletins de salaire.
Le consultant n'a aucune démarche de création d'entreprise à effectuer, aucune comptabilité à tenir, aucun expert-comptable à rémunérer. L'activité peut démarrer sous 24 heures dès qu'une mission est trouvée.
En contrepartie, la société de portage prélève des frais de gestion qui oscillent entre 5 % et 10 % du chiffre d'affaires hors taxes. À cela s'ajoutent les cotisations sociales patronales et salariales, identiques à celles de n'importe quel salarié du régime général. Au final, le salaire net perçu représente en moyenne 45 à 50 % du montant facturé.
La SASU : la maîtrise totale
La Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle est une structure juridique à part entière. L'entrepreneur en est l'associé unique et le président. Il rédige des statuts, dépose un capital social (1 euro minimum), immatricule sa société au registre du commerce et se soumet à des obligations comptables strictes : bilan annuel, déclarations fiscales, approbation des comptes. La plupart des dirigeants de SASU font appel à un expert-comptable, ce qui représente un coût annuel supplémentaire.
Le président de SASU qui se verse un salaire est affilié au régime général en tant qu'assimilé-salarié. Sa couverture santé et retraite est donc comparable à celle d'un salarié classique, mais avec une différence notable : il ne cotise pas à l'assurance chômage et n'y a donc pas droit en cas de cessation d'activité.
Le nerf de la guerre : combien reste-t-il en net ?
C'est la question que se posent tous les indépendants. Et la réponse varie considérablement en fonction du chiffre d'affaires et de la stratégie de rémunération adoptée.
En portage salarial
Le calcul est relativement simple et prévisible. Sur un chiffre d'affaires de 100 000 euros HT par an, il faut d'abord retrancher les frais de gestion de la société de portage (entre 5 000 et 10 000 euros selon le taux négocié). Le reste constitue la base sur laquelle sont calculées les cotisations sociales, qui absorbent environ 45 % du montant.
Le consultant récupère donc entre 45 000 et 50 000 euros nets avant impôt sur le revenu. La déduction de frais professionnels est possible mais encadrée par la convention collective du portage salarial.
En SASU
La situation est plus complexe, mais potentiellement plus avantageuse sur le plan financier. Le président de SASU dispose de plusieurs leviers pour optimiser sa rémunération.
Il peut se verser un salaire, soumis aux cotisations sociales (environ 65 % du net en charges patronales et salariales). Mais il peut aussi choisir de laisser une partie du bénéfice en société, soumise à l'impôt sur les sociétés (15 % jusqu'à 42 500 euros de bénéfice, puis 25 % au-delà), et se la distribuer ensuite sous forme de dividendes, taxés à la flat tax de 30 %.
Cet arbitrage salaire/dividendes permet d'abaisser le taux global de prélèvements, notamment pour les chiffres d'affaires élevés.
La SASU permet également de déduire l'intégralité des frais professionnels du résultat imposable : matériel informatique, déplacements, repas d'affaires, abonnements, formations. Cette déductibilité, bien plus large qu'en portage, peut représenter plusieurs milliers d'euros d'économie par an.
À quel seuil la SASU devient-elle plus intéressante ?
La plupart des simulations convergent vers un seuil situé entre 70 000 et 80 000 euros de chiffre d'affaires annuel. En dessous, le portage salarial offre un rapport simplicité/rémunération difficile à battre, d'autant que les frais fixes de la SASU (expert-comptable, assurance, cotisation foncière des entreprises) grignotent une part importante du revenu. Au-delà de ce seuil, la SASU permet de dégager un revenu net significativement supérieur, à condition de mettre en place une stratégie d'optimisation raisonnée.
Un exemple courant consiste à se verser un salaire modéré pour couvrir les besoins mensuels et bénéficier de la protection sociale, puis à laisser le surplus en trésorerie dans la SASU. Cette réserve peut ensuite être distribuée en dividendes une fois par an, ou réinvestie dans l'activité.
Protection sociale : un écart qui peut peser lourd
Le portage salarial garantit une couverture sociale complète, incluant l'assurance chômage. C'est un filet de sécurité précieux lorsqu'on débute une activité indépendante ou que le marché est incertain. En cas de fin de mission sans renouvellement, le salarié porté en CDI peut négocier une rupture conventionnelle et percevoir l'ARE, ce qui lui laisse le temps de rebondir.
En SASU, la protection sociale est quasi identique sur le volet santé et retraite, mais l'absence de droits au chômage constitue un risque réel. Si l'activité s'effondre, le président de SASU ne dispose d'aucun amortisseur public, sauf à avoir souscrit une assurance privée (coûteuse et souvent restrictive dans ses conditions). De plus, la fermeture d'une SASU est une procédure longue et onéreuse, avec une dissolution suivie d'une liquidation qui peut prendre plusieurs mois.
Gestion quotidienne et charge administrative
Le portage salarial élimine la quasi-totalité de la charge administrative. Pas de comptabilité à tenir, pas de TVA à déclarer, pas de bilan à faire certifier. Le consultant se concentre exclusivement sur la prospection et la réalisation de ses missions. Ce gain de temps est particulièrement appréciable pour ceux dont l'activité repose sur une forte expertise technique et qui préfèrent consacrer leur énergie à leur cœur de métier.
Le président de SASU supporte en revanche l'ensemble des obligations comptables et juridiques d'une société. Même en déléguant à un expert-comptable, il reste responsable de la tenue régulière de sa comptabilité, du dépôt des comptes annuels et de la conformité fiscale de sa structure. Ce temps investi dans l'administratif est un coût caché rarement intégré dans les simulations de revenu net.
La stratégie progressive : commencer en portage, basculer en SASU
Beaucoup de professionnels adoptent une approche séquentielle. Le portage salarial sert de tremplin pour tester son marché, construire un portefeuille de clients et valider la viabilité de son activité, sans immobiliser de capital ni s'exposer au risque entrepreneurial. Une fois l'activité stabilisée et le chiffre d'affaires suffisant, la création d'une SASU permet de récupérer les marges perdues en frais de gestion et d'accéder à des leviers d'optimisation fiscale inaccessibles en portage.
Cette transition n'est pas irréversible. Certains consultants conservent les deux structures en parallèle, facturant certaines missions via le portage (pour maintenir des droits au chômage, par exemple) et d'autres via leur SASU (pour optimiser les gros contrats). Ce cumul est légalement possible, à condition de bien distinguer les missions réalisées sous chaque statut.

