5 choses à savoir sur un fonds euros en assurance vie

Le fonds en euros reste, année après année, le placement préféré des épargnants français. Intégré dans les contrats d’assurance vie, il séduit par sa sécurité et sa simplicité. Pourtant, derrière cette apparente évidence, son fonctionnement mérite d’être bien compris. Voici les 5 points essentiels à connaître avant d’y placer son argent.

Fonds Euro Assurance Vie
Mathieu Barthelemy
Par Mathieu BARTHELEMY Modifié le 27/02/26 à 10:07

1. Le fonds euros offre une garantie en capital : une spécificité bien française

C'est sans doute la caractéristique la plus attractive du fonds en euros : le capital investi est garanti par l'assureur. Pour quiconque s'intéresse à l'assurance vie fonds euros, ce point est fondamental. Concrètement, quel que soit le moment où l'épargnant décide de récupérer son argent, il est certain de retrouver au minimum les sommes versées, déduction faite des éventuels frais d'entrée. Dans un paysage financier souvent imprévisible, cette promesse rassure — et explique en grande partie le succès de ce support.

À noter : cette garantie peut être totale ou partielle selon les contrats. Il convient donc de vérifier les conditions précises dans le document d'information clé (DIC) fourni par l'assureur.

L'effet cliquet : des intérêts définitivement acquis

Au-delà de la garantie en capital, le fonds euros bénéficie d'un mécanisme particulièrement apprécié : l'effet cliquet. Chaque année, les intérêts générés sont définitivement acquis et viennent s'ajouter au capital. Ils ne peuvent en aucun cas être remis en cause, même en cas de baisse des marchés financiers. Mieux encore, ces intérêts produisent eux-mêmes de nouveaux intérêts l'année suivante, ce qui garantit une progression par palier de la valeur du contrat.

Autrement dit, la valeur d'un fonds en euros ne peut jamais baisser. C'est un filet de sécurité que peu de placements financiers peuvent offrir.

Un capital disponible à tout moment

Contrairement à certaines idées reçues, l'argent placé sur un fonds en euros n'est pas bloqué. L'épargnant peut effectuer des rachats partiels ou totaux quand il le souhaite, sans contrainte de durée minimale. Il existe toutefois quelques exceptions, notamment en cas d'acceptation du bénéficiaire du contrat ou de nantissement, qui peuvent temporairement limiter la disponibilité des fonds.

Bon à savoir
les fonds en euros ont été créés en France dans les années 1980, spécifiquement pour répondre aux attentes des épargnants à la recherche d'un placement sûr et stable. Il s'agit d'une particularité française qui n'a pas vraiment d'équivalent à l'étranger.

2. La composition du fonds euros : majoritairement des obligations, mais pas seulement

Pour pouvoir garantir le capital des épargnants, l'assureur ne peut pas se permettre de prendre des risques excessifs. C'est pourquoi la composition d'un fonds en euros repose en grande majorité sur des actifs obligataires, à hauteur de 60 à 80 % selon les contrats.

Les obligations sont des emprunts émis par des États (on parle alors d'obligations souveraines) ou par des entreprises (obligations corporate). Les détenteurs de ces titres perçoivent des revenus réguliers, appelés coupons, et récupèrent en principe leur capital à l'échéance. Ce sont ces actifs qui assurent la régularité et la stabilité du rendement.

La poche de diversification

Les 20 à 40 % restants sont généralement répartis entre plusieurs classes d'actifs destinées à dynamiser le rendement :

Une partie est investie en actions cotées, pour profiter des dividendes et des éventuelles plus-values. Une autre est dirigée vers l'immobilier, notamment l'immobilier de bureaux ou d'entreprises, qui génère des revenus locatifs réguliers. Enfin, une fraction — souvent plus modeste — est conservée sous forme de titres monétaires (certificats de dépôt, bons du Trésor…), afin de garantir la liquidité du fonds et de pouvoir honorer les demandes de rachat des épargnants.

Fonds euros classiques vs fonds euros opportunistes

Tous les fonds en euros ne se ressemblent pas. Il est important de distinguer deux grandes catégories :

Les fonds en euros classiques adoptent une approche très sécuritaire, avec une allocation massivement orientée vers les obligations. Ils offrent un rendement stable mais généralement modéré.

Les fonds en euros opportunistes, en revanche, disposent d'une poche obligataire plus réduite au profit d'une diversification plus marquée (immobilier, actions, produits structurés…). L'objectif est de viser un rendement supérieur, mais avec une volatilité potentiellement plus importante d'une année sur l'autre.

Attention
l'accès aux fonds euros opportunistes est souvent conditionné à un investissement minimum en unités de compte. Par exemple, certains contrats exigent que la part investie en UC soit au moins deux fois supérieure à celle affectée au fonds euros opportuniste.

À noter : il existe également d'autres catégories moins courantes, comme les fonds en euros immobiliers ou les fonds euro-croissance. Ces derniers, créés il y a une dizaine d'années, constituent un hybride entre fonds euros et unités de compte : ils offrent une garantie en capital à une échéance donnée, tout en cherchant à améliorer la performance grâce à une exposition plus diversifiée.

3. Le rendement du fonds euros : comment il est déterminé et ce qui l'influence

Chaque début d'année, les assureurs publient le taux de rendement servi aux épargnants au titre de l'année écoulée. Ce taux est communiqué net de frais de gestion, ce qui signifie que les frais annuels prélevés par l'assureur ont déjà été déduits. En revanche, il reste à retrancher les prélèvements sociaux, ponctionnés directement par l'assureur sur les intérêts générés.

Le Taux Minimum Garanti (TMG) et la participation aux bénéfices

Le rendement d'un fonds en euros comprend deux composantes. D'abord, le Taux Minimum Garanti (TMG), c'est-à-dire le rendement plancher que l'assureur s'engage à verser. Ensuite, le taux de participation aux bénéfices, qui dépend des résultats effectivement obtenus sur le portefeuille géré. Depuis la loi Pacte, le relevé annuel d'assurance vie doit d'ailleurs mentionner clairement ces deux éléments.

Important
au pire, le rendement brut d'un fonds en euros peut être nul — mais il ne sera jamais négatif. L'assureur étant tenu de rembourser les sommes versées, il limite ses prises de risques en conséquence.

Les facteurs qui influencent le rendement

Plusieurs éléments entrent en jeu dans la détermination du rendement annuel :

Le premier facteur est évidemment la performance des actifs sous-jacents — obligations, actions, immobilier — dans lesquels le fonds est investi. La hausse ou la baisse des taux obligataires, en particulier le taux de l'OAT (Obligation assimilable du Trésor), a un impact direct : plus l'État emprunte à des taux élevés, plus le rendement moyen des fonds en euros tend à augmenter.

Ensuite, la politique commerciale de l'assureur peut jouer un rôle. Un assureur peut choisir de favoriser un contrat récent au détriment d'un ancien contrat fermé à la commercialisation, ce qui peut créer des écarts de rendement d'un contrat à l'autre au sein d'un même assureur.

Enfin, les réserves constituées par l'assureur influencent aussi le rendement servi. Chaque année, l'assureur peut mettre de côté une partie des bénéfices dans la Provision pour Participation aux Bénéfices (PPB). Ces réserves servent à lisser le rendement dans le temps et doivent être redistribuées aux assurés dans un délai maximum de huit ans.

Un rendement en baisse pendant 20 ans, puis une remontée

Pendant près de deux décennies, le rendement des fonds en euros n'a cessé de reculer. Il est passé d'environ 5,30 % au début des années 2000 à 1,80 % en 2018, puis 1,50 % en 2019 et seulement 1,30 % en 2020, selon les chiffres de France Assureurs (anciennement Fédération française de l'assurance). Cette érosion s'expliquait principalement par la baisse continue des taux obligataires en Europe.

Le retour de l'inflation à partir de 2022 a toutefois inversé la tendance. La remontée des taux directeurs a mécaniquement tiré vers le haut les rendements obligataires, redonnant du souffle aux fonds en euros. Un regain bienvenu pour les épargnants qui avaient vu le pouvoir d'achat de leur épargne s'éroder au fil des ans.

4. Fonds euros et unités de compte : deux supports complémentaires à bien distinguer

Dans le cadre d'un contrat d'assurance vie multisupport (le format le plus courant aujourd'hui) l'épargnant répartit ses versements entre deux types de supports : le fonds en euros et les unités de compte (UC).

Si le fonds en euros assure la sécurité du capital, les unités de compte visent la performance. Elles peuvent prendre des formes très variées : actions, obligations, SCPI, OPCI, SCI, ETF, produits structurés… L'assureur s'engage uniquement sur le nombre d'unités de compte détenues, mais pas sur leur valeur, qui fluctue en fonction des marchés. Il existe donc un risque de perte en capital sur ces supports.

Bon à savoir
les unités de compte représentent aujourd'hui environ 40 % de la collecte annuelle en assurance vie, le fonds en euros captant les 60 % restants. Cette répartition témoigne de la préférence durable des Français pour la sécurité, même si la part des UC progresse d'année en année.

Panacher pour optimiser son épargne

L'intérêt d'un contrat multisupport réside justement dans la possibilité de panacher fonds en euros et unités de compte en fonction de son profil d'investisseur, de son horizon de placement et de sa tolérance au risque. Le fonds en euros joue alors le rôle de socle sécuritaire, tandis que les UC apportent un potentiel de rendement supérieur sur le long terme.

En fonction de ses objectifs, l'épargnant peut ajuster cette répartition au fil du temps, en arbitrant tout ou partie de ses avoirs d'un support vers l'autre.

À noter : depuis la loi Pacte, il est possible de transférer son contrat d'assurance vie au sein d'une même compagnie d'assurance, par exemple pour passer d'un contrat monosupport (fonds euros uniquement) à un contrat multisupport offrant l'accès à des unités de compte. Un levier utile pour dynamiser son épargne sans perdre l'antériorité fiscale de son contrat.

5. La fiscalité du fonds euros : avantageuse mais à bien comprendre

L'un des grands atouts de l'assurance vie réside dans sa fiscalité avantageuse, qui s'applique pleinement au fonds en euros. Mais encore faut-il en comprendre les mécanismes pour éviter les mauvaises surprises.

Les prélèvements sociaux : ponctionnés chaque année

Les intérêts générés par le fonds en euros sont soumis aux prélèvements sociaux au taux de 17,2 %. Particularité importante : ces prélèvements sont prélevés chaque année, « au fil de l'eau », directement par l'assureur sur les intérêts crédités. L'épargnant n'a aucune démarche à effectuer, mais il doit garder à l'esprit que le rendement net perçu est amputé de cette ponction annuelle.

Attention
la part des intérêts qui n'aurait pas été taxée du vivant du souscripteur le sera au moment de son décès.

L'imposition en cas de rachat

Tant que l'épargne reste investie dans le contrat, les intérêts du fonds en euros échappent à l'impôt sur le revenu. L'imposition n'intervient qu'au moment d'un rachat partiel ou total, et elle ne porte que sur la fraction correspondant aux intérêts — le capital retiré étant exonéré.

Lors d'un rachat, l'épargnant a le choix entre deux modes d'imposition pour la part d'intérêts :

L'intégration au barème progressif de l'impôt sur le revenu, à laquelle s'ajoutent les prélèvements sociaux de 17,2 %. Ou bien l'application d'un prélèvement forfaitaire dont le taux varie selon l'ancienneté du contrat, la date des versements et le montant total de l'encours. Les taux applicables sont de 7,5 %, 12,8 %, 15 % ou 35 % selon les situations.

L'abattement après 8 ans : un avantage majeur

C'est l'un des arguments les plus souvent mis en avant par les conseillers en gestion de patrimoine : après 8 ans de détention, l'épargnant bénéficie chaque année d'un abattement sur les intérêts retirés. Ce montant s'élève à 4 600 € pour une personne seule et à 9 200 € pour un couple marié ou pacsé. Cet abattement rend les rachats partiels particulièrement intéressants sur le plan fiscal, et constitue un véritable levier pour piloter ses retraits de manière optimale.

Bon à savoir
l'assurance vie bénéficie également d'un cadre fiscal avantageux en matière de succession. Le capital transmis aux bénéficiaires désignés échappe, dans certaines limites, aux droits de succession classiques — un atout supplémentaire qui renforce l'intérêt de ce placement sur le long terme.
Mathieu Barthelemy

Mathieu Barthélemy accompagne les créateurs d'entreprise dans leurs démarches juridiques, allant de la sélection du statut juridique à la gestion des obligations réglementaires, en fournissant des conseils pratiques et adaptés aux besoins de chaque entrepreneur.