Vous employez quelques salariés, dont un ou deux ont passé la cinquantaine, sans service RH ni juriste sous la main ? Le code du travail vous impose pourtant, dès votre premier salarié, un entretien avec chacun d’eux tous les 4 ans, auquel s’ajoute la question de sa retraite quand l’un d’eux approche de 60 ans. Que devez-vous organiser, que va vous demander votre salarié ce jour-là et que risquez-vous à ne rien faire ?
Votre salarié approche de 60 ans ? La loi vous oblige à parler retraite avec lui
Des entretiens obligatoires avec chacun de vos salariés
Le code du travail est très clair : vous devez organiser un entretien de parcours professionnel avec chaque salarié, dans l'année qui suit son embauche, puis tous les 4 ans. L'objectif est d'y parler de la suite de sa carrière :
- Les compétences acquises
- Les formations qui lui manquent pour tenir son poste ou pour en changer
- Une reconversion ou une validation des acquis qu'il envisage
- Le poste qu'il pourrait occuper chez vous dans le futur
L'obligation vaut donc pour tous vos salariés, en CDI comme en CDD, quelle que soit la taille de votre entreprise. Seuls les intérimaires, les salariés mis à disposition par une autre société et ceux qui interviennent en sous-traitance en sont exclus.
Attention à ne pas confondre avec l'entretien annuel d'évaluation. En effet, celui-ci ne tient pas lieu d'entretien de parcours professionnel. Pour simplifier, l'évaluation regarde le travail de l'année écoulée tandis que l'entretien de parcours professionnel est tourné vers le futur.
L'initiative des entretiens obligatoires repose sur les épaules de l'entreprise et, à l'issue de chaque entretien, vous devez remettre un compte rendu écrit à votre salarié. Voilà pour la théorie !
L'entretien de parcours professionnel change avant les 60 ans du salarié
Depuis la loi Seniors du 24 octobre 2025, le premier entretien de parcours professionnel qui intervient dans les deux ans précédant les 60 ans de votre salarié devient un entretien de fin de carrière. Qu'est-ce que cela change ?
Vous devez alors lui demander à quelles conditions il resterait chez vous jusqu'à son départ et comment aménager ses dernières années de travail. Vous n'avez donc pas une réunion supplémentaire à caler dans l'agenda, car il s'agit du même entretien, mais avec un ordre du jour élargi.
L'échéance se calcule uniquement sur l'âge de votre salarié. Par exemple, un salarié arrivé il y a trois ans et qui vient de fêter ses 58 ans est concerné comme celui qui est là depuis 20 ans.
Ce que votre salarié peut vous demander
Votre salarié arrive en général avec une idée précise en tête. Typiquement, voici ce qu'il peut vous demander et les sujets auxquels vous devez être préparé :
- Le temps partiel de fin de carrière, c'est-à-dire réduire la durée du travail en passant par un avenant
- La retraite progressive, qui consiste à travailler moins tout en touchant déjà une partie de sa pension. Elle s'ouvre à 60 ans, à condition d'avoir validé 150 trimestres. Votre salarié continue alors de travailler entre 40% et 80% d'un temps complet
- La transmission de son savoir-faire, en tutorat ou en binôme, parfois doublée d'un projet de seconde carrière déjà en tête
- Sa date de départ, dont vous avez besoin autant que lui
La retraite progressive mérite une vigilance particulière, car votre responsabilité est engagée. Par exemple, si un salarié qui vient d'avoir 60 ans vous demande par lettre recommandée de passer à 4 jours par semaine, vous avez deux mois pour lui répondre, par lettre recommandée également.
En cas de refus de votre part, celui-ci doit être motivé. Or, sans réponse écrite dans ce délai, sa demande est considérée comme acceptée. Bref, vous avez des obligations !
Votre risque financier
Que risquez-vous si cet entretien n'a pas lieu ? Son absence peut constituer une faute dans l'exécution du contrat de travail, autrement dit un manquement à vos obligations d'employeur. Votre salarié saisit alors le conseil de prud'hommes, où le juge fixe le montant des dommages-intérêts.
Au-delà de 50 salariés, vous versez en plus 3 000€ sur le compte personnel de formation de votre salarié, c'est-à-dire la cagnotte qui finance ses formations. Faute de versement après une mise en demeure, la somme double et part au Trésor public. Autrement dit, en tant qu'employeur, ne prenez pas vos obligations à la légère, car la contrepartie financière est réelle dans tous les cas de figure…
Par où commencer
Une liste de questions et un compte rendu suffisent à tenir l'entretien, sans cabinet RH ni logiciel hors de prix. Dans l'ordre :
- Vérifiez le détail des obligations de la loi Seniors, pour savoir exactement ce que vous devez organiser
- Repérez vos salariés de 58 ans et plus
- Notez pour chacun la date du dernier entretien et celle du suivant
- Préparez vos questions : temps partiel, retraite progressive, transmission, date de départ
La date de départ de votre salarié est disponible sur son relevé de carrière, un document qu'il peut télécharger auprès de sa caisse de retraite. Demandez-lui d'avoir une estimation de sa date, ainsi que des contours de sa retraite, car en tant qu'employeur, vous n'êtes pas censé éplucher ce document à sa place, pour des raisons de confidentialité des données.
Et conservez chaque compte rendu, daté, dont votre salarié repart avec une copie, car c'est ce qui prouvera que l'entretien a eu lieu.
Finalement, mené sérieusement, ne perdez pas de vue que cet entretien devient un avantage social à part entière. En effet, votre salarié obtient enfin des réponses et de votre côté, vous pourrez avoir plus de visibilité sur la continuité de son poste.

